Dans le ventre de la baleine

Le plus grand porte-container du monde vient d’être mis à flot. Portrait d’un monstre d’acier qui relie l’Asie au Nord de l’Europe.

Vous avez commandé un téléphone, l’autre jour, sur Internet ? Ou un frigo, une télé, de la hi-fi, des jouets, des vêtements, des équipements pour piscine, du linge de maison ou même des pneus ? Ne bougez pas, ils arrivent tout droit de Chine – mais par bateau. Et pas n’importe lequel : c’est le Marco Polo, le plus gros porte-container du monde, qui vous les apporte – en même temps que tout ce qu’un Européen peut trouver dans son hypermarché, produits frais mis à part. 

Après un an de construction en Corée du Sud, le Marco Polo est entré en service il y a quatre mois. Avec ses 396 mètres de long (deux fois la Tour Montparnasse) et la production électrique d’une ville de 16 000 habitants, il met moins de quarante jours pour porter jusqu’à Hambourg tout ce que la Chine amène chaque jour sur le marché mondial, avant d’en rapporter tout ce que l’Europe y rejette. Ningbo, Xiamen, Chiwan, ou Shanghaï : on charge ici, dans les plus grands ports du monde (Shanghaï est le premier port mondial, Hong-Kong le troisième) ce qu’on déchargera demain à Tanger, au Havre, ou à Rotterdam, et que vous recevrez après-demain par la poste.

Monter à bord de ce géant des mers capable d’emporter 16 020 containers, c’est embarquer au coeur de la mondialisation, en compagnie des 25 hommes d’équipage qui la trimballent tous les jours, et par toutes les mers. A la tête de cette Babel d’acier de plus de 200 000 tonnes, on trouve des officiers croates, fleurons de la « mar-mar », la marine marchande internationale. Et des sous-officiers et des matelots philippins, comme sur tous les navires du monde.

Bienvenue à bord des porte-container nouvelle génération que lancent la CMA-CGM, troisième armateur mondial, dans un monde de « boîtes » qui ne s’arrête jamais de tourner et où l’homme, rapporté aux dimensions de ce qui l’entoure, paraît minuscule – sinon accessoire. Prenez place à son immense passerelle, à 45 m au-dessus de la mer, où l’on parle anglais et où, à mesure que défilent les fuseaux horaires, les hommes remontent le temps sur leur montre.